Publié le 1er novembre 2026. Dernière mise à jour : novembre 2026.
Septembre 2018 : un acquéreur rachète toutes les parts d'une société de restauration rapide. Près de dix-sept mois plus tard, la société et lui assignent le vendeur. Ils lui reprochent d'avoir caché qu'il était impossible d'exercer cette activité dans le local loué. Ils perdent devant la cour d'appel, puis devant la Cour de cassation, le 14 mai 2025.
Le dol dans la cession d'un restaurant doit être prouvé par celui qui l'invoque. Le vendeur ne doit pas tout révéler : il doit révéler les informations qui ont à la fois un lien direct et nécessaire avec le contrat et une importance déterminante pour l'acquéreur (Cass. com., 14 mai 2025, n° 23-17.948, publié au Bulletin). Le dol exige en plus une dissimulation intentionnelle. Pour l'acquéreur, la leçon est simple : ce qui compte pour vous doit être écrit dans l'acte.
Cet article s'adresse à l'acquéreur d'un fonds ou des parts d'une société de restauration. Il explique ce que le vendeur doit révéler, ce que la Cour de cassation a réellement jugé en 2025, ce que vous pouvez obtenir si l'on vous a trompé, et comment vous protéger avant de signer. Pour le parcours complet d'un rachat, l'article sur l'achat d'un fonds de commerce de restaurant sert de point de départ.
L'essentiel
- 01Le vendeur doit révéler les informations qui ont à la fois un lien direct et nécessaire avec le contrat ou la qualité des parties, et une importance déterminante pour l'acquéreur (Cass. com., 14 mai 2025, n° 23-17.948, publié au Bulletin).
- 02Le dol par réticence suppose la dissimulation intentionnelle d'une information dont le vendeur sait le caractère déterminant pour l'acquéreur (art. 1137 du Code civil).
- 03L'acquéreur doit prouver que l'information lui était due ; le vendeur doit ensuite prouver qu'il l'a fournie (art. 1112-1, al. 4 du Code civil).
- 04Aucune clause du contrat ne peut limiter ni exclure ce devoir d'information (art. 1112-1, al. 5 du Code civil).
- 05Le délai de l'action en nullité pour dol ne court qu'à compter de sa découverte (art. 1144 du Code civil).
- 06Sur mes dossiers, une annulation de cession s'obtient après deux ans de procédure ; un audit d'acquisition se mène en trois semaines.
Qu'est-ce que le dol dans la cession d'un restaurant ?
Le dol est le fait, pour un contractant, d'obtenir le consentement de l'autre par des manœuvres ou des mensonges. Le Code civil y assimile la dissimulation intentionnelle d'une information dont il sait le caractère déterminant pour l'autre partie (art. 1137 du Code civil). Dans la cession d'un restaurant, c'est le vendeur qui cache un défaut du local, du bail ou des comptes pour obtenir la vente.
La pratique appelle « réticence dolosive » ce silence volontaire. Elle se distingue de la simple erreur : il faut une intention de tromper. Un vendeur qui ignorait lui-même le problème ne commet pas de dol.
Le dol ne vicie le consentement que s'il est déterminant. Le texte vise le cas où, sans lui, l'acquéreur n'aurait pas contracté, ou aurait contracté à des conditions substantiellement différentes (art. 1130 du Code civil). Ce caractère s'apprécie au regard des personnes et des circonstances.
Une fois le dol établi, l'erreur qu'il a provoquée est toujours excusable. Elle permet d'annuler le contrat même si elle porte sur la valeur du fonds ou sur un simple motif de l'acquéreur (art. 1139 du Code civil).
Le vendeur d'un restaurant doit-il tout révéler à l'acquéreur ?
Non. Le devoir d'information précontractuelle ne porte que sur les informations qui ont un lien direct et nécessaire avec le contenu du contrat ou la qualité des parties, et dont l'importance est déterminante pour le consentement de l'autre partie. La Cour de cassation l'a posé en ces termes le 14 mai 2025, dans un arrêt publié au Bulletin. Les deux conditions se cumulent.
Le devoir d'information précontractuelle est l'obligation, pour la partie qui connaît une information déterminante, d'en informer l'autre lorsque celle-ci l'ignore légitimement ou fait confiance à son cocontractant (art. 1112-1 du Code civil). Il s'applique avant la signature de toute promesse ou de tout acte de cession.
Les deux conditions cumulatives du devoir d'information
Première condition : un lien direct et nécessaire avec le contrat. Pour un restaurant, la destination du bail, l'extraction, les restrictions du règlement de copropriété ou un litige avec le bailleur passent ce premier filtre sans difficulté.
Seconde condition : l'importance déterminante pour l'acquéreur. C'est elle qui fait tomber la plupart des recours. Une information liée au contrat ne suffit pas : il faut établir qu'elle comptait pour cet acquéreur-là, dans ce projet-là.
Ce que le vendeur n'a pas à révéler : son estimation de la valeur
Le devoir d'information ne porte pas sur l'estimation de la valeur de la prestation (art. 1112-1, al. 2 du Code civil). Ne constitue pas non plus un dol le fait de ne pas révéler son estimation de la valeur (art. 1137, al. 3 du Code civil). Le vendeur n'a pas à vous dire que son prix est trop élevé. C'est à vous de le vérifier, par exemple avec le simulateur de valorisation d'un restaurant.
Que retenir de l'arrêt de la Cour de cassation du 14 mai 2025 ?
La Cour de cassation a rejeté le pourvoi de l'acquéreur des parts d'une société de restauration rapide. Elle a jugé que le devoir d'information ne porte que sur les informations à la fois liées au contenu du contrat ou à la qualité des parties, et déterminantes pour le consentement. La cour d'appel avait retenu qu'il n'était pas établi que la possibilité de faire de la friture était déterminante pour l'acquéreur : sa décision était légalement justifiée.
L'arrêt a été rendu par la chambre commerciale en formation de section. Il est publié au Bulletin et aux Lettres de chambre (Cass. com., 14 mai 2025, n° 23-17.948, 23-18.049 et 23-18.082). Je n'ai trouvé aucun arrêt d'assemblée plénière ou de chambre mixte sur ce point.
Les faits : une restauration rapide sans friture possible
Le 18 septembre 2018, le cédant vend l'intégralité des parts d'une société qui exploite une activité de restauration rapide dans un local commercial pris à bail. Le 12 février 2020, l'acquéreur et la société l'assignent en indemnisation. Ils lui reprochent d'avoir dissimulé intentionnellement l'impossibilité d'exercer cette activité dans le local.
Selon le pourvoi, la cour d'appel avait constaté que le bail mentionnait la restauration rapide, la vente à emporter, la livraison et une hotte aspirante. L'acquéreur invoquait aussi le règlement de copropriété et l'opposition des copropriétaires et des locataires de l'immeuble à l'installation d'une extraction. Ces derniers points sont ses arguments, pas des constatations.
Ce que la Cour a jugé, et ce qu'elle n'a pas jugé
Un arrêt de rejet se lit avec précaution. La Cour ne dit pas qu'une extraction n'est jamais une information déterminante. Elle dit qu'il fallait le démontrer, et que la cour d'appel a pu retenir que ce n'était pas établi.
Cass. com., 14 mai 2025, n° 23-17.948 : la portée exacte
Ce que l'arrêt tranche, et ce qu'il laisse ouvert pour l'acquéreur d'un restaurant.
| Question | Réponse de la Cour | Ce que l'acquéreur doit en retenir |
|---|---|---|
| Un lien direct avec le contrat suffit-il ? | Non : l'information doit aussi être déterminante § 6 et 7 | Le lien avec le local ne suffit pas à fonder un recours |
| La friture était-elle déterminante ? | Pas établi selon la cour d'appel, décision légalement justifiée § 8 | Votre projet de cuisine doit être prouvable, par écrit |
| Fallait-il examiner le règlement de copropriété ? | Recherche inopérante au vu des constatations de la cour d'appel § 8 | Sans caractère déterminant établi, le débat sur la copropriété ne s'ouvre pas |
| Qui prouve que l'information a été donnée ? | Non tranché : grief dirigé contre des motifs surabondants § 9 | L'article 1112-1, al. 4 reste la règle : l'acquéreur prouve d'abord que l'information lui était due |
| Une extraction n'est-elle jamais déterminante ? | La Cour ne le dit pas | Dans un autre dossier, mieux documenté, l'issue peut être différente |
Réserve Le caractère déterminant s'apprécie au cas par cas par les juges du fond. Le texte intégral de l'arrêt d'appel (CA Reims, 2 mai 2023, n° 22/00857) n'a pas pu être consulté.
Une lecture discutée par la doctrine
L'article 1112-1 précise lui-même qu'ont une importance déterminante les informations qui ont un lien direct et nécessaire avec le contenu du contrat ou la qualité des parties. La Cour en fait deux conditions distinctes. Deux commentateurs au moins le relèvent : Hugo Barbier, qui y voit une redéfinition contraire au texte (RTD civ. 2025, p. 316), et Bertrand Fages (Revue des sociétés 2025, p. 543).
Comment prouver qu'une information était déterminante pour l'acquéreur ?
En la faisant entrer dans le contrat. Une information devient déterminante quand l'acte montre que votre consentement en dépendait : activité projetée décrite, cuisson ou friture mentionnées, déclaration du vendeur sur l'extraction, condition suspensive. Sans trace écrite, le juge apprécie à partir d'indices, et l'arrêt du 14 mai 2025 montre que ces indices peuvent ne pas suffire.
Une même destination ne donne pas la même cuisine. Un burger n'a pas les besoins d'une sandwicherie, ni ceux d'un bar à pâtes. La « petite restauration » se pratique souvent sans cuisson grasse ni extraction. Écrire « restauration rapide » dans l'acte ne dit donc pas que vous comptiez frire. Sur la lecture de ces clauses, voir l'article sur la petite restauration et l'extraction.
Qui doit prouver quoi ?
La charge de la preuve est répartie en deux temps. Celui qui prétend qu'une information lui était due doit prouver que l'autre partie la lui devait. Cette autre partie doit ensuite prouver qu'elle l'a fournie (art. 1112-1, al. 4 du Code civil).
Pour l'acquéreur, le premier temps est le plus difficile : il faut établir le lien avec le contrat, le caractère déterminant et la connaissance qu'en avait le vendeur. Pour le dol, il faut en plus prouver l'intention de tromper. Conservez vos échanges avec le cédant et l'agent : un courriel qui décrit votre projet vaut mieux qu'un souvenir de visite.
Que peut obtenir l'acquéreur trompé : annulation de la cession ou dommages et intérêts ?
Deux voies sont ouvertes. L'annulation de la cession, si le dol ou le manquement au devoir d'information a vicié le consentement (art. 1112-1, al. 6 et 1130 du Code civil). Ou des dommages et intérêts, avec ou sans annulation : la partie lésée peut demander réparation indépendamment de l'annulation du contrat (art. 1178, al. 4 du Code civil). Dans l'affaire de 2025, l'acquéreur demandait seulement une indemnisation.
L'annulation efface la vente : le contrat est censé n'avoir jamais existé et les prestations donnent lieu à restitution (art. 1178 du Code civil). Le prix revient à l'acquéreur, le fonds ou les parts au vendeur. Après deux ans d'exploitation, ces restitutions sont rarement simples. C'est pourquoi beaucoup d'acquéreurs préfèrent garder le restaurant et demander une indemnisation.
Dans quel délai agir contre le vendeur ?
Le délai de l'action en nullité ne court, en cas de dol, que du jour où il a été découvert (art. 1144 du Code civil). Le délai de droit commun des actions personnelles est de cinq ans (art. 2224 du Code civil). Agissez dès la découverte : le temps qui passe affaiblit les preuves et complique les restitutions.
Cession de parts ou cession de fonds : le même raisonnement ?
À mon sens, oui pour le devoir d'information. L'arrêt du 14 mai 2025 porte sur une cession de parts sociales, mais il applique l'article 1112-1, texte de droit commun des contrats. La même lecture devrait donc valoir pour la vente d'un fonds de commerce. Sur le choix entre les deux montages, voir l'article sur la cession de fonds et la cession du droit au bail.
La différence tient aux garanties. En cession de parts, une garantie d'actif et de passif et des déclarations du cédant se négocient dans l'acte. En cession de fonds, la protection passe par les déclarations du vendeur et par les conditions suspensives de la promesse. Dans les deux cas, ce qui n'est pas écrit se plaide difficilement.
Comment l'acquéreur d'un restaurant se protège-t-il avant de signer ?
En transformant ses attentes en clauses. Décrivez dans la promesse l'activité projetée et ce qu'elle suppose. Obtenez du vendeur des déclarations précises sur l'extraction, le bail et la copropriété. Subordonnez la vente aux pièces qui manquent. Ce travail se fait avant la promesse, pendant l'audit, pas après la réitération de l'acte.
Le tableau ci-dessous reprend les points qui, sur mes dossiers, portent le plus souvent un litige après la vente. Pour la liste complète des contrôles, voir l'article sur les vérifications à faire avant d'acheter un fonds de commerce.
Rendre une information déterminante : les clauses de l'acquéreur
Ce que la promesse doit prévoir pour que votre projet de cuisine soit prouvable en cas de litige.
| Point | Risque pour l'acquéreur | Ce que l'acte doit prévoir |
|---|---|---|
| Activité projetée | Caractère déterminant non établi Cass. com., 14 mai 2025 | Description de la cuisine envisagée (cuisson, friture, carte) présentée comme condition de votre engagement |
| Extraction | Hotte présente mais inadaptée, ou conduit non autorisé | Déclaration du cédant sur l'existence, le diamètre et l'autorisation du conduit ; attestation de conformité exigée avant la réitération |
| Copropriété | Règlement ou assemblée générale opposés à l'extraction | Remise du règlement de copropriété et des derniers procès-verbaux d'assemblée générale avant la promesse |
| Bail | Destination trop étroite pour le projet | Remise du bail et de tous ses avenants ; lecture de la clause de destination |
| Garanties | Passif ou litige découvert après la vente | Garantie d'actif et de passif en cession de parts ; déclarations du cédant en cession de fonds |
| Clause « en l'état » | Fausse sécurité pour les deux parties | Ne pas la surestimer : le devoir d'information ne peut être ni limité ni exclu art. 1112-1, al. 5 C. civ. |
Réserve Chaque clause se rédige au vu du bail, du règlement de copropriété et du projet réel de l'acquéreur.
Sur l'extraction elle-même, ses règles techniques et la charge des travaux, voir l'article sur la mise en conformité de l'extraction d'un restaurant. Si votre projet change la cuisine du local, lisez aussi les pièges d'un rachat pour changer de concept.
Cas concret : un café-bar sans extraction, évalué avant l'offre
Un client veut reprendre un café-bar dans un petit village touristique. L'emplacement est excellent, le fonds est dans son jus. Sur ce dossier, le chiffre d'affaires atteint 170 000 euros hors taxes et le cédant demande 160 000 euros. Deux points ressortent de l'audit : la carte est servie sans extraction, et le bail, en tacite prolongation, va bientôt dépasser douze ans.
Ce dépassement expose le preneur à un loyer déplafonné au renouvellement. L'absence d'extraction limite la carte possible. Avec mon simulateur, le fonds ressort entre 40 000 et 60 000 euros. La négociation a été longue. Une offre a finalement été acceptée par les deux parties.
Dans ce dossier, l'absence d'extraction était connue avant l'offre. Elle a pesé sur le prix au lieu de nourrir un procès deux ans plus tard. C'est tout l'enjeu : une information découverte pendant l'audit se négocie, une information découverte après la vente se plaide, avec la charge de la preuve que l'article 1112-1, alinéa 4, du Code civil fait peser sur l'acquéreur.
Mon retour terrain
Sur mes dossiers, une extraction conforme et autorisée pèse 70 000 à 100 000 euros dans le prix d'un fonds de restauration. Les cahiers des charges des enseignes de franchise imposent souvent un conduit de 40 cm dès la recherche du local. Une information de ce poids ne devrait jamais se découvrir après la signature.
Je vois souvent des acquéreurs qui n'ont parlé de leur projet de cuisine qu'à l'oral, pendant la visite. Le jour du litige, rien ne prouve que la friture comptait pour eux. C'est exactement la faille de l'affaire jugée en 2025. Dans les promesses que je rédige côté acquéreur, la remise d'une attestation sur l'extraction peut devenir une condition suspensive de la réitération.
Le calcul est simple. Une annulation de cession s'obtient après deux ans de procédure, quand un audit d'acquisition se mène en trois semaines. Le dol reste un recours utile. Il ne remplace pas un dossier vérifié avant la promesse.
Quelles erreurs fréquentes font perdre un recours contre le vendeur ?
Cinq erreurs reviennent dans les dossiers d'acquéreurs qui se découvrent trompés. Elles ont un point commun : le projet de l'acquéreur n'a jamais été écrit, donc son caractère déterminant ne se prouve pas. Chacune se corrige avant la promesse, presque aucune après la réitération.
- Se fier à la mention d'une hotte dans le bail, sans vérifier le conduit, son diamètre et son autorisation.
- Taire son projet de cuisine, ou ne l'exposer qu'oralement au cédant et à l'agent.
- Signer sans le règlement de copropriété ni les derniers procès-verbaux d'assemblée générale.
- Compter sur une clause de style, comme « l'acquéreur déclare connaître les lieux », pour régler un problème technique.
- Attendre avant d'agir une fois le problème découvert, au risque de perdre les preuves et de compliquer les restitutions.
Ce que ça change pour vous
Depuis l'arrêt du 14 mai 2025, l'acquéreur d'un restaurant ne peut plus compter sur le seul lien entre un défaut et le local. Il doit pouvoir montrer que l'information comptait pour lui. La meilleure preuve reste un acte qui le dit.
Louis Pinet, avocat au Barreau de Nantes, Avocat des Restaurateurs, accompagne des acquéreurs de restaurants, de l'audit du fonds et du bail jusqu'à la signature des actes. Il intervient uniquement côté exploitant, jamais pour les bailleurs ni pour les franchiseurs.
Si vous préparez le rachat d'un restaurant, l'accompagnement Lancer mon Restaurant couvre l'audit du fonds, du bail et de l'extraction jusqu'à la signature. Si vous pensez avoir été trompé après un rachat, la première question est de savoir ce que l'acte dit de votre projet.
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FAQ : dol et devoir d'information dans la cession d'un restaurant
Le vendeur d'un restaurant doit-il tout dire à l'acquéreur ?
Non. Il doit révéler les informations qui ont à la fois un lien direct et nécessaire avec le contrat ou la qualité des parties, et une importance déterminante pour le consentement de l'acquéreur (Cass. com., 14 mai 2025, n° 23-17.948, publié au Bulletin). Il n'a pas à révéler son estimation de la valeur du fonds (art. 1112-1 du Code civil).
Qu'est-ce que la réticence dolosive dans une cession de fonds de commerce ?
C'est la dissimulation intentionnelle, par le vendeur, d'une information dont il sait le caractère déterminant pour l'acquéreur (art. 1137 du Code civil). Elle suppose une intention de tromper : un vendeur qui ignorait le problème ne commet pas de dol.
Peut-on faire annuler la cession d'un restaurant pour dol ?
Oui, si le dol a déterminé le consentement de l'acquéreur : sans lui, il n'aurait pas acheté, ou à des conditions substantiellement différentes (art. 1130 du Code civil). L'annulation entraîne la restitution du prix et du fonds ou des parts (art. 1178 du Code civil). L'acquéreur peut aussi demander seulement des dommages et intérêts.
Dans quel délai agir contre le vendeur d'un restaurant ?
Le délai de l'action en nullité pour dol ne court qu'à compter du jour où le dol a été découvert (art. 1144 du Code civil). Le délai de droit commun des actions personnelles est de cinq ans (art. 2224 du Code civil). Mieux vaut agir dès la découverte, tant que les preuves sont disponibles.
Qui doit prouver que l'information a été donnée ?
L'acquéreur doit d'abord prouver que l'information lui était due, donc qu'elle était déterminante. Le vendeur doit ensuite prouver qu'il l'a fournie (art. 1112-1, al. 4 du Code civil). En pratique, la première étape est la plus difficile pour l'acquéreur.
Une clause « l'acquéreur déclare connaître les lieux » protège-t-elle le vendeur ?
Pas contre le devoir d'information : les parties ne peuvent ni le limiter ni l'exclure (art. 1112-1, al. 5 du Code civil). Une telle clause ne couvre pas une information déterminante que le vendeur aurait dissimulée. Elle ne remplace pas non plus, pour l'acquéreur, des déclarations précises du vendeur sur l'extraction et le bail.

![Vendre son restaurant : comment préparer la cession pour défendre votre prix ? [Podcast]](https://cdn.prod.website-files.com/677ff27ccb10f9b682deaa78/6ae22c63a49322433f856074_maxresdefault.jpeg)