Vous avez un chiffre en tête. Le cédant en a un autre. L'agent vous parle du prix du marché, la banque réclame un plan de financement, et personne ne vous explique comment on passe du compte de résultat au prix affiché sur l'annonce.
La réponse tient en deux calculs et une grille de critères. Les deux calculs donnent une fourchette. Ce sont les critères qui décident où vous tombez dans cette fourchette, et ces critères sont juridiques bien plus que comptables.
Comment calcule-t-on la valeur d'un fonds de commerce de restaurant ?
Un fonds de commerce de restaurant se valorise aujourd'hui autour de 70 % du chiffre d'affaires annuel hors taxes, ou 3,5 fois l'excédent brut d'exploitation retraité, pour un établissement qui tourne normalement et ne présente aucune particularité.
Ces deux calculs donnent la base de discussion. Le bail, l'extraction, la terrasse et les conformités du local viennent ensuite ajouter ou retrancher, parfois lourdement.
La méthode du chiffre d'affaires
Elle applique un pourcentage au chiffre d'affaires annuel. C'est la méthode des barèmes, celle que manient les agents et les intermédiaires, parce qu'elle est rapide et qu'elle ne demande qu'une ligne du compte de résultat.
Premier réflexe avant d'y toucher : vérifiez la base. Un barème exprimé toutes taxes comprises et un barème exprimé hors taxes ne donnent pas le même résultat. Les ventes à consommer sur place supportent une TVA de 10 %, mais les boissons alcooliques relèvent du taux normal (art. 279 m du Code général des impôts). L'écart entre les deux bases est donc d'au moins 10 %, et davantage dès que la carte des vins pèse dans les recettes. Les ordres de grandeur retenus ici sont exprimés hors taxes.
Deuxième réflexe : un pourcentage de chiffre d'affaires ignore la rentabilité. Deux restaurants qui réalisent 500 000 euros de recettes, l'un avec 20 % de coût matières et l'autre avec 35 %, n'ont pas la même valeur. La méthode du chiffre d'affaires ne le voit pas.
La méthode de l'excédent brut d'exploitation
Elle applique un multiple à l'EBE retraité, généralement 3,5 fois pour un fonds sain. C'est la méthode de la banque et de l'expert-comptable, parce qu'elle mesure ce que l'affaire dégage réellement avant financement.
Le multiple monte quand l'exploitation est transmissible sans le cédant, quand l'emplacement est rare, quand le bail est long et sécurisé. Il descend dans la situation inverse.
Pourquoi les deux méthodes doivent converger
Faites les deux calculs, toujours. S'ils donnent des résultats proches, la fourchette est solide. S'ils s'écartent nettement, il y a une anomalie, et c'est elle qu'il faut comprendre avant de discuter le prix.
Un chiffre d'affaires élevé avec un EBE faible signale une structure de coûts déséquilibrée : loyer trop lourd, masse salariale mal calibrée, marge brute insuffisante. Un EBE élevé avec un chiffre d'affaires modeste signale souvent un dirigeant qui ne se paie pas, donc un résultat qui n'existera plus après la reprise.
Les deux méthodes de valorisation d'un fonds de commerce de restaurant
Exemple chiffré pour un établissement sain, sans particularité de bail ni de local.
Vigilance. Vérifiez toujours si le barème qu'on vous oppose est exprimé hors taxes ou toutes taxes comprises. Les ventes à consommer sur place supportent une TVA de 10 %, les boissons alcooliques le taux normal (art. 279 m du CGI) : l'écart entre les deux bases est d'au moins 10 %.
Pourquoi faut-il retraiter l'EBE avant d'appliquer le multiple ?
L'EBE affiché dans la liasse fiscale n'est presque jamais celui qu'il faut multiplier. Il doit d'abord être corrigé pour représenter l'exploitation telle que vous la vivrez, avec votre rémunération et votre structure de coûts.
Cinq retraitements reviennent sur tous les dossiers de restauration.
La rémunération du dirigeant. Un cédant qui se verse 1 500 euros par mois gonfle mécaniquement l'EBE. Réintégrez le coût réel d'un exploitant au prix du marché, ou d'un chef si vous ne comptez pas être derrière les fourneaux.
Le loyer. Si le cédant est aussi propriétaire des murs et pratique un loyer de complaisance, l'EBE est faussé. À l'inverse, un loyer surévalué appelle un retraitement à la baisse si vous comptez le renégocier, mais cette économie n'est pas acquise tant qu'elle n'est pas écrite.
Les charges personnelles logées dans la société. Véhicule, téléphone, déplacements, parfois un salarié qui ne travaille pas dans l'établissement. Elles se réintègrent.
Le personnel réel. Beaucoup de restaurants indépendants fonctionnent avec de la main-d'œuvre familiale non rémunérée. Chiffrez ce que coûterait la même équipe en salariés déclarés.
Les éléments non récurrents. Aides exceptionnelles, indemnités d'assurance, produits de cession de matériel : ils sortent du calcul.
Un EBE retraité est presque toujours inférieur à l'EBE affiché. C'est normal, et c'est la première raison pour laquelle un prix demandé paraît haut.
Qu'achetez-vous exactement quand vous achetez un fonds de commerce ?
Vous achetez un ensemble d'éléments incorporels et corporels. Ni la trésorerie, ni les créances, ni les dettes du cédant, ni la société qui l'exploitait ne suivent le fonds.
Une réserve compte, et elle est lourde : les contrats de travail en cours se poursuivent avec vous. Lorsque survient une modification dans la situation juridique de l'employeur, notamment par succession, vente, fusion, transformation du fonds ou mise en société de l'entreprise, tous les contrats de travail en cours au jour de la modification subsistent entre le nouvel employeur et le personnel de l'entreprise (art. L. 1224-1 du Code du travail). L'équipe, son ancienneté et ses contrats font donc partie de ce que vous reprenez.
Les éléments incorporels portent l'essentiel de la valeur : la clientèle, l'enseigne et le nom commercial, le droit au bail, et le cas échéant la licence de débit de boissons. Les éléments corporels regroupent le matériel de cuisine, le mobilier et les agencements.
Trois postes se traitent à part et échappent souvent à la vigilance des repreneurs.
Le stock s'achète en pratique en sus, à l'inventaire, au jour de l'entrée en jouissance. Il ne fait pas partie du prix du fonds.
La licence IV, quand elle existe, n'a de valeur que si elle est vivante et transférable. Un débit de boissons de 3e ou 4e catégorie qui a cessé d'exister depuis plus de cinq ans est considéré comme supprimé et ne peut plus être transmis (art. L. 3333-1 du Code de la santé publique). Son transfert géographique suppose par ailleurs que le débit soit exploité, et reste en principe limité au département où il se situe, sur autorisation du préfet, avec des dérogations vers un département limitrophe ou, pour certains établissements notamment touristiques, au-delà (art. L. 3332-11 du même code). Le sujet est détaillé dans le guide de la licence IV pour les restaurateurs.
Le matériel se valorise à sa valeur d'usage, pas à sa valeur comptable nette. Une chambre froide amortie qui fonctionne vaut quelque chose ; un piano de cuisson hors service qu'il faudra remplacer vaut zéro et coûte même le prix du remplacement.
La ventilation du prix entre incorporel et corporel n'est pas cosmétique : le matériel et les agencements s'amortissent sur leur durée d'utilisation, tandis que l'amortissement du fonds commercial n'est déductible qu'au titre d'un dispositif temporaire, ouvert aux fonds acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2029 (art. 39, 1, 2° du Code général des impôts, dans sa rédaction issue de l'art. 13 de la loi de finances pour 2026). Ce dispositif est écarté lorsque le fonds est acquis auprès d'une entreprise liée, ou placée sous le contrôle de la même personne physique que l'acquéreur. La configuration se rencontre souvent dans les transmissions familiales de restaurants. La ventilation commande donc l'amortissement que vous pourrez pratiquer, et le traitement fiscal de l'opération. Elle se discute avec votre expert-comptable avant la signature de la promesse, pas après.
Pourquoi le bail commercial est-il le premier critère de valorisation ?
Parce que le fonds ne vaut que ce que vaut le droit de l'exploiter dans ce local. Un même compte de résultat vaut deux prix différents selon le bail qui le porte, et c'est le critère qui déplace le plus fortement la valeur.
La durée restante : le cas du bail à dix-huit mois
C'est une configuration fréquente sur mes dossiers, et l'une des plus coûteuses. Le bail arrive à échéance, il reste un an et demi, et le cédant vend maintenant. Ce n'est pas un hasard : c'est vous qui porterez la demande de renouvellement, et l'incertitude qui va avec.
Le mécanisme est simple. À défaut de congé, le locataire qui veut obtenir le renouvellement doit en faire la demande dans les six mois qui précèdent l'expiration du bail ou, le cas échéant, à tout moment au cours de sa prolongation, par acte extrajudiciaire ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception (art. L. 145-10 du Code de commerce). À défaut de congé ou de demande de renouvellement, le bail fait par écrit se prolonge tacitement (art. L. 145-9).
Le loyer du bail renouvelé doit correspondre à la valeur locative, déterminée d'après les caractéristiques du local, la destination des lieux, les obligations respectives des parties, les facteurs locaux de commercialité et les prix couramment pratiqués dans le voisinage (art. L. 145-33).
Le plafonnement protège en principe le preneur : pour un bail dont la durée n'excède pas neuf ans, la hausse ne peut dépasser la variation de l'indice des loyers commerciaux ou de l'indice des loyers des activités tertiaires. Mais cette protection cède, notamment dans les deux hypothèses suivantes, et vous devez les vérifier avant de signer.
Première hypothèse : par l'effet d'une tacite prolongation, la durée du bail dépasse douze ans. Le plafonnement ne s'applique plus et le loyer rejoint la valeur locative, sans amortisseur.
Seconde hypothèse : l'un des quatre premiers éléments de la valeur locative a notablement changé, à savoir les caractéristiques du local, la destination des lieux, les obligations respectives des parties ou les facteurs locaux de commercialité. Le loyer se déplafonne aussi, mais la hausse est alors lissée : elle ne peut conduire à des augmentations supérieures, pour une année, à 10 % du loyer acquitté l'année précédente (art. L. 145-34).
Traduisez cela en euros. Prenons un exemple : un loyer qui passe de 3 000 à 4 500 euros par mois, c'est 18 000 euros de charges annuelles supplémentaires, donc mécaniquement un EBE amputé d'autant, donc environ 63 000 euros de valeur en moins avec un multiple de 3,5. La décote ne se négocie pas au doigt mouillé : elle se calcule.
Deux réflexes avant de signer. Demandez au cédant s'il a engagé la procédure de renouvellement, et faites-vous remettre les actes. Et ouvrez la discussion avec le bailleur avant la promesse, pas après : un bail renouvelé ou un avenant signé avant la cession supprime l'aléa et vaut mieux qu'une décote. La stratégie de fin de bail avant la cession du fonds détaille ce calendrier, et le mécanisme de hausse est traité dans l'article sur l'augmentation du loyer du bail commercial.
La destination : ce que le bail vous autorise à faire
Une clause de destination restrictive plafonne la valeur du fonds, quel que soit le chiffre d'affaires réalisé. Un bail limité à la restauration sans cuisson, au snack ou à la vente à emporter interdit l'activité que vous projetez, et la déspécialisation coûte du temps, parfois de l'argent, souvent du loyer.
Le sujet est développé dans l'article consacré à la clause de destination du bail commercial d'un restaurant.
Le loyer réel : ce que vous paierez vraiment
Le loyer facial ne dit pas tout. Tout contrat de location comporte un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts, taxes et redevances, avec l'indication de leur répartition entre bailleur et locataire (art. L. 145-40-2 du Code de commerce).
Reconstituez le coût d'occupation complet : loyer, charges refacturées, taxe foncière si elle est transférée, travaux prévus par l'état prévisionnel triennal. C'est ce total qui pèse sur l'EBE, donc sur le prix.
La clause d'agrément et la garantie solidaire
Une clause qui subordonne la cession à l'agrément du bailleur peut bloquer votre calendrier et, plus tard, votre propre revente. Elle pèse sur la liquidité du fonds, donc sur sa valeur.
Côté cédant, la garantie solidaire n'est plus éternelle : lorsque la cession du bail s'accompagne d'une clause de garantie du cédant au bénéfice du bailleur, celui-ci ne peut l'invoquer que durant trois ans à compter de la cession (art. L. 145-16-2). Un cédant pressé de sortir de cette garantie est un cédant avec qui la discussion sur le prix s'ouvre plus facilement.
Pourquoi une extraction conforme peut-elle créer une surcote ?
Parce qu'elle est devenue rare. Dans les zones tendues, et Paris en premier lieu, le marché des locaux capables d'accueillir une cuisine est bloqué : sur les dossiers parisiens que je traite, les copropriétés s'opposent presque toujours à l'installation d'un nouveau conduit, et les autorisations administratives suivent difficilement.
Un local déjà doté d'une extraction conforme, autorisée, d'un diamètre de 350 voire 400 millimètres, n'est donc pas un local comme un autre. C'est un actif que le marché ne sait plus produire. Il se paie en conséquence, et la surcote peut dépasser ce que la seule rentabilité justifierait.
L'inverse est tout aussi vrai. Sans conduit conforme, l'acquéreur achète un chantier dont l'issue dépend d'une assemblée générale de copropriété et d'une mairie. Sur les dossiers d'acquisition que je traite, une extraction conforme et autorisée pèse entre 70 000 et 100 000 euros dans le prix d'un fonds de commerce de restauration.
Ce poste n'apparaît nulle part dans le compte de résultat. Aucun multiple d'EBE ne l'intègre. Il se négocie à part, en déduction du prix, en condition suspensive d'obtention des autorisations, ou en séquestre dédié. Le guide juridique de l'extraction pour les restaurateurs et l'article sur l'obligation liée au seuil de 20 kW détaillent les règles applicables.
La terrasse entre-t-elle dans la valeur du fonds ?
Une terrasse sur le domaine public ne s'achète pas avec le fonds. Elle repose sur une autorisation d'occupation qui présente un caractère précaire et révocable (art. L. 2122-3 du Code général de la propriété des personnes publiques). Elle est délivrée en considération de son titulaire et ne se transmet pas avec le fonds.
Concrètement : le repreneur doit déposer sa propre demande auprès de la commune. Rien ne garantit qu'il obtiendra la même surface, ni le même nombre de places, ni les mêmes horaires. Un règlement local peut avoir changé depuis l'autorisation du cédant.
La nuance existe, et elle compte : un fonds de commerce peut être exploité sur le domaine public sous réserve de l'existence d'une clientèle propre (art. L. 2124-32-1 du même code). Mais cette reconnaissance ne transforme pas l'autorisation en droit acquis, et elle ne dispense pas de la demande.
L'enjeu économique est majeur en restauration. Dans beaucoup d'établissements, la terrasse porte une part déterminante des couverts, et parfois l'essentiel de la marge d'été. Si la valorisation repose sur un chiffre d'affaires réalisé en terrasse, l'aléa administratif doit se retrouver dans le prix ou dans une condition suspensive. Le sujet est traité dans l'article sur la cession d'un fonds de commerce sur le domaine public.
Quelles conformités du local font décoter le prix ?
Toutes celles dont la remise à niveau se chiffre par devis. La règle est simple : ce qui se chiffre se déduit, à condition d'être chiffré avant la signature de la promesse.
Quatre postes sortent le plus souvent sur les dossiers de restauration.
La sécurité incendie et le classement ERP. Issues de secours, désenfumage, registre de sécurité, avis de la commission de sécurité. Un avis défavorable non levé est un risque de fermeture administrative, pas une réserve de négociation ordinaire.
L'accessibilité des personnes handicapées. Rampe, sanitaires, circulation intérieure, registre public d'accessibilité. Les travaux sont rarement anodins dans un local ancien.
L'hygiène alimentaire. Marche en avant, plan de maîtrise sanitaire, formation HACCP, séparation des flux, bac à graisses. Un rapport de contrôle défavorable dans les douze derniers mois se demande systématiquement.
La ventilation et l'état du local. Au-delà du conduit d'extraction lui-même, l'amenée d'air neuf, l'état des réseaux et la vétusté des agencements pèsent sur le budget d'ouverture.
Demandez les devis avant la promesse, pas pendant l'audit. Un devis d'entreprise vaut argument de négociation ; une estimation de votre part ne vaut rien. La méthode de la visite d'un restaurant avant achat liste les points à contrôler sur place.
Décotes et surcotes : les critères juridiques qui déplacent le prix
Chaque critère ne vaut que s'il se chiffre. La dernière colonne indique comment le convertir en euros.
Les ordres de grandeur exprimés en euros proviennent des dossiers d'acquisition traités au cabinet. Ils ne remplacent pas un audit du bail et des autorisations.
Comment ces critères se traduisent-ils dans le simulateur « Estimer mon resto » ?
Le simulateur part des deux méthodes, puis applique des ajustements correspondant aux critères ci-dessus. C'est exactement la grille qu'utilise un acquéreur averti, et exactement celle que le cédant doit anticiper avant de fixer son prix.
Le calcul se déroule en trois temps.
Temps 1 : la base. Chiffre d'affaires annuel hors taxes et EBE retraité donnent deux valeurs. La fourchette de départ se situe entre les deux.
Temps 2 : les ajustements juridiques. Chaque critère joue dans un sens. Un bail long, une destination large, une extraction conforme, une terrasse pérenne tirent vers le haut. Un bail en fin de vie, une destination étroite, une conformité à reprendre tirent vers le bas.
Temps 3 : la conversion en euros. Un critère n'est utile que s'il se chiffre. Une hausse de loyer se traduit en EBE perdu multiplié par 3,5. Une mise en conformité se traduit en devis. Une extraction absente se traduit en coût de travaux et en délai d'autorisation.
Le résultat n'est pas un prix. C'est une fourchette documentée, avec la liste des points à vérifier. C'est ce document qui sert à négocier, pas le chiffre isolé. Vous pouvez faire tourner le simulateur de valorisation sur votre propre établissement ou sur celui que vous visez.
Mon retour terrain sur la valorisation des restaurants
Trois constats reviennent sur presque tous mes dossiers d'acquisition.
Le premier concerne l'ordre des opérations. Le prix est presque toujours discuté avant que le bail ait été lu. C'est l'inverse qu'il faut faire. Sur chaque dossier que je traite, l'audit du bail précède la négociation du prix, parce que c'est le bail qui fixe la valeur, pas le compte de résultat seul. Une fois la promesse signée et la banque sollicitée, le repreneur n'a plus de levier : il a des frais engagés, un calendrier, et il finit par accepter de porter ce qui ne lui incombait pas.
Le deuxième concerne le niveau d'exigence technique. Quand j'accompagne un développement de franchise sur la recherche de locaux, le cahier des charges impose un conduit d'extraction de 40 centimètres. Ce niveau de précision, systématique chez les enseignes structurées, manque presque toujours dans les reprises d'indépendants. Le repreneur visite, tombe amoureux de la salle, et personne dans la chaîne ne pose la question technique par écrit.
Le troisième concerne les baux eux-mêmes. La plupart des baux de restauration que j'analyse comportent une clause mettant les travaux de mise en conformité à la charge du preneur. Elle ne tient que si elle est expresse et précise, et elle ne peut pas porter sur les travaux de vétusté ou de mise en conformité qui relèvent des grosses réparations de l'article 606 du Code civil (art. R. 145-35 du Code de commerce), pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 5 novembre 2014. La conformité du local reste donc un poste de prix, mais seulement après lecture de la clause.
Les erreurs fréquentes dans l'estimation d'un restaurant
Appliquer un pourcentage de chiffre d'affaires sans regarder la rentabilité. C'est la méthode la plus rapide et la plus trompeuse. Elle valorise identiquement deux affaires qui n'ont rien à voir.
Multiplier l'EBE affiché sans le retraiter. Un dirigeant qui ne se verse presque rien gonfle mécaniquement le résultat affiché. Le multiple amplifie ensuite l'erreur.
Confondre la valeur du fonds et le budget d'installation. Au prix du fonds s'ajoutent les droits d'enregistrement, le stock, les honoraires, la trésorerie de démarrage et les travaux. Le budget d'ouverture d'un restaurant se construit à part.
Payer une clientèle qui part avec le cédant. Un chef reconnu, un patron derrière son bar depuis vingt ans : la clientèle est parfois attachée à la personne, pas au lieu. C'est un critère de décote, et une raison d'exiger une clause de non-rétablissement précise.
Traiter la non-conformité comme un sujet d'après-vente. Une extraction absente, un avis de commission défavorable, une terrasse non autorisée ne se règlent pas après la signature. Ils se règlent dans la promesse, en prix ou en condition suspensive.
Négocier le prix avant d'avoir lu le bail. C'est l'erreur qui rend toutes les autres irréversibles.
Ce que ça change pour vous
La valorisation d'un restaurant n'est pas un calcul, c'est un diagnostic. Les deux méthodes vous donnent une fourchette en cinq minutes. Ce sont le bail, l'extraction, la terrasse et les conformités qui décident du chiffre final, et ces quatre éléments se lisent dans des documents, pas dans une liasse fiscale.
Louis Pinet accompagne des repreneurs de fonds de commerce en restauration, de la lettre d'intention à l'acte réitératif. Sur chaque dossier, l'audit du bail précède la négociation du prix. Il n'intervient jamais pour les bailleurs.
Pour une vue d'ensemble de l'opération côté acquéreur, voir le guide sur la reprise d'un restaurant et le bail commercial. Une fois la fourchette établie, les sept leviers de négociation du prix d'un fonds de commerce vous donnent la méthode pour la défendre. Si votre projet est déjà engagé, l'accompagnement à la reprise et à l'ouverture couvre l'audit du bail, les autorisations et la négociation du prix.
Si vous avez un prix en tête et un bail que personne n'a lu, l'ordre est à inverser. Un échange de trente minutes suffit le plus souvent à savoir si le prix demandé tient : prenez rendez-vous ici.
FAQ : valorisation d'un fonds de commerce de restaurant
Comment calcule-t-on la valeur d'un fonds de commerce de restaurant ?
Deux méthodes se combinent. La première applique environ 70 % du chiffre d'affaires annuel hors taxes. La seconde applique un multiple de 3,5 à l'excédent brut d'exploitation retraité, pour un fonds sain et sans particularité. Les deux calculs doivent converger : un écart marqué signale une anomalie à comprendre avant toute négociation.
Quel pourcentage du chiffre d'affaires retenir pour valoriser un restaurant ?
Environ 70 % du chiffre d'affaires annuel hors taxes pour un établissement qui tourne normalement. Vérifiez toujours la base du barème qu'on vous oppose : un pourcentage appliqué au chiffre d'affaires toutes taxes comprises donne un résultat sensiblement plus élevé, l'écart étant d'au moins 10 % et davantage dès que la vente de boissons alcooliques pèse dans les recettes.
Pourquoi faut-il retraiter l'EBE avant d'appliquer un multiple ?
Parce que l'EBE affiché reflète l'exploitation du cédant, pas la vôtre. Il faut réintégrer une rémunération de dirigeant au prix du marché, corriger un loyer de complaisance, sortir les charges personnelles, valoriser la main-d'œuvre familiale non rémunérée et retirer les produits non récurrents. Un EBE retraité est presque toujours inférieur à l'EBE affiché.
Un bail qui expire dans dix-huit mois fait-il baisser le prix du fonds ?
Oui, car c'est le repreneur qui portera la demande de renouvellement et l'incertitude sur le loyer. Le loyer renouvelé doit correspondre à la valeur locative. Le plafonnement cesse de s'appliquer lorsque la tacite prolongation porte la durée du bail au-delà de douze ans, et le loyer rejoint alors la valeur locative sans amortisseur. Il cesse aussi de s'appliquer en cas de modification notable des quatre premiers éléments de la valeur locative, mais la hausse est dans ce cas lissée à 10 % par an au maximum. La décote se calcule : hausse de loyer annuelle multipliée par le multiple d'EBE retenu.
Une extraction conforme augmente-t-elle la valeur d'un fonds de restaurant ?
Oui, et parfois fortement dans les zones où les copropriétés s'opposent à l'installation de nouveaux conduits. Un local doté d'une extraction conforme et autorisée de 350 à 400 millimètres est devenu rare sur le marché parisien. Sur les dossiers d'acquisition traités au cabinet, une extraction conforme et autorisée pèse entre 70 000 et 100 000 euros dans le prix du fonds.
La terrasse est-elle comprise dans la valeur du fonds de commerce ?
Non, pas directement. L'autorisation d'occupation du domaine public présente un caractère précaire et révocable et le repreneur doit déposer sa propre demande auprès de la commune, sans garantie d'obtenir la même surface. Si le chiffre d'affaires repose en partie sur la terrasse, cet aléa doit se traduire dans le prix ou dans une condition suspensive.
Louis Pinet
Avocat des Restaurateurs
Avocat au Barreau de Nantes, Louis Pinet accompagne exclusivement les professionnels de la restauration dans leurs opérations de cession et de reprise de fonds de commerce : audit du bail, autorisations du local, négociation du prix. Il n'intervient jamais pour les bailleurs.
Dernière mise à jour : septembre 2026.

