Sortir d'un contrat de franchise de restaurant : la feuille de route du franchisé

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Dernière mise à jour : 26 septembre 2026. Les décisions citées ont été relues à la source, dont l'arrêt de la Cour de cassation du 9 septembre 2026.

Le chiffre d'affaires ne décolle pas. Les redevances, elles, tombent chaque mois. L'assistance promise se fait attendre, et le contrat court encore plusieurs années.

Sortir d'un contrat de franchise avant son terme est possible, mais pas par une simple lettre de départ. Le contrat ne se défait que d'un commun accord ou pour une cause que la loi autorise (art. 1193 du Code civil). Cinq voies existent, chacune avec ses conditions et son prix. Le risque central reste l'indemnité de rupture anticipée : même si le contrat n'en prévoit aucune, le franchiseur peut demander réparation au titre du droit commun. L'ordre des étapes compte autant que la voie choisie : voici la feuille de route du franchisé.

L'essentiel

  • Le contrat de franchise vous engage jusqu'à son terme (art. 1103 du Code civil). On en sort par accord, résiliation pour manquement grave, nullité, procédure collective ou cession du fonds avec l'accord du franchiseur.
  • Le risque central est l'indemnité de rupture anticipée. Même si le contrat n'en prévoit aucune, partir avant le terme sans manquement grave du franchiseur vous expose à des dommages et intérêts de droit commun (art. 1212 et 1231-1 du Code civil).
  • La résiliation unilatérale se fait à vos risques et périls : mise en demeure, puis notification motivée. En cas de contestation, c'est à vous de prouver la gravité du manquement (art. 1226 du Code civil).
  • Un DIP (document d'information précontractuelle) incomplet ne suffit pas, à lui seul, à faire annuler le contrat : le juge recherche si votre consentement a été vicié (Cass. com., 10 février 1998, publié au Bulletin).
  • Une indemnité de rupture anticipée égale aux redevances restant à courir peut être réduite si elle résulte d'une clause pénale : 125 640 euros réclamés, ramenés à 12 000 euros, pour une rupture avant ouverture (CA Paris, 13 novembre 2024, arrêt non définitif).
  • Franchisé en redressement : le juge-commissaire peut résilier le contrat de franchise et faire rétroagir la résiliation à la date de sa saisine (Cass. com., 9 septembre 2026, publié au Bulletin).

Peut-on sortir d'un contrat de franchise avant son terme ?

Oui, mais pas librement. Le contrat de franchise tient lieu de loi aux deux parties jusqu'à son terme (art. 1103 du Code civil). Hors faculté de sortie prévue au contrat, cinq voies existent : l'accord, la résiliation pour manquement grave du franchiseur, la nullité, la procédure collective et la cession du fonds avec l'accord du franchiseur.

Pour le contenu du contrat lui-même, voir le guide du contrat de franchise en restauration.

Les cinq voies de sortie d'un contrat de franchise

Conditions, risques et premiers réflexes.

VoieCe qu'il faut réunirLe risqueLe réflexe
Accord de sortieUn protocole écrit à concessions réciproques (art. 1193 et 2044 C. civ.)Reconnaître une faute ou payer les redevances jusqu'au terme.Négocier avec un dossier écrit des manquements.
Résiliation pour manquementUn manquement suffisamment grave, puis une notification motivée après mise en demeure, ou une demande au juge (art. 1224, 1226 et 1227 C. civ.)Une résiliation jugée à vos torts, avec l'indemnité de rupture anticipée.Réunir les preuves avant d'écrire.
Nullité du contratUne erreur ou un dol déterminant, souvent sur la rentabilité (art. 1130 et 1137 C. civ.)La prescription et la preuve à votre charge.Comparer le prévisionnel à vos premiers résultats.
Procédure collectiveVotre redressement ou la liquidation du franchiseur (art. L. 622-13 et L. 641-11-1 C. com.)Une indemnité due au franchiseur, déclarée au passif.Faire demander la résiliation au juge-commissaire, ou mettre le liquidateur en demeure.
Cession du fondsUn acquéreur, et l'accord du franchiseur pour lui transférer le contrat ou pour y mettre fin (art. 1193 et 1216 C. civ.)Sans cet accord, vendre le fonds ne met pas fin à la franchise.Lire la clause de cession avant de chercher un acquéreur.

Réserve  Tout dépend du contrat et de vos preuves. Les arrêts de cour d'appel cités sont des décisions d'espèce ; pour les arrêts de la Cour de cassation, la publication au Bulletin est signalée à chaque fois.

Étape 1 : que lire avant d'annoncer votre départ au franchiseur ?

Le contrat, le DIP et le bail, avant tout courrier. Le contrat fixe le terme, l'indemnité de rupture anticipée, la procédure amiable préalable, la non-concurrence et les engagements personnels des associés. Le DIP montre ce qu'on vous a promis. Le bail dit si vous pourrez rester dans les murs.

La clause de conciliation préalable. Si le contrat impose une tentative amiable avant le juge, saisir directement le tribunal expose à une fin de non-recevoir, qui s'impose au juge si le franchiseur l'invoque (Cass. ch. mixte, 14 février 2003, n° 00-19.423, publié au Bulletin). Ce défaut ne peut pas être régularisé en cours d'instance (Cass. ch. mixte, 12 décembre 2014, n° 13-19.684, publié au Bulletin).

L'indemnité de rupture anticipée. Repérez ce que le contrat vous fait payer si vous partez avant le terme : pénalité, indemnité de résiliation ou dédit. Le nom ne décide pas : le juge qualifie la clause selon sa fonction (voir l'étape 4). Si le contrat ne dit rien, le droit commun s'applique quand même.

Le délai pour agir. Vérifiez si le contrat raccourcit la prescription de vos actions. Il ne peut pas la réduire à moins d'un an à compter du jour où vous avez connu les faits, ou auriez dû les connaître (art. 2224 et 2254 du Code civil ; Cass. civ. 1re, 13 mars 2024, n° 22-12.345, publié au Bulletin). Une clause d'un an à compter du fait générateur lui-même est réputée non écrite.

Étape 2 : comment prouver que le franchiseur n'a pas tenu ses engagements ?

Par écrit, et avant toute rupture. Listez ses obligations prévues au contrat (assistance, visites, formation, approvisionnement) et, en face, ce qui a été fait. Signalez chaque manquement par écrit quand il se produit. Ce dossier sert à suspendre un paiement ou à résilier.

Suspendre une redevance : l'exception d'inexécution

L'exception d'inexécution permet de refuser d'exécuter son obligation quand l'autre partie n'exécute pas la sienne, si ce manquement est suffisamment grave (art. 1219 du Code civil). Dans un réseau de restauration, des franchisés ont été autorisés à suspendre la redevance de publicité nationale jusqu'à la justification des dépenses (CA Paris, 13 mars 2024, n° 21/20978, arrêt cassé en 2026 sur d'autres points). À l'inverse, dans un réseau de conseil immobilier, un franchisé qui ne justifiait d'aucune plainte après la signature n'a pas pu suspendre ses paiements (CA Pau, 9 mai 2023, n° 21/02200).

Résilier : la notification de l'article 1226

La résolution par notification se fait à vos risques et périls. Sauf urgence, elle suppose une mise en demeure qui laisse un délai raisonnable et annonce la résolution, puis une notification motivée. Si le franchiseur conteste la résolution, c'est à vous de prouver la gravité du manquement (art. 1226 du Code civil).

Un franchisé a fait valider sa résiliation : le franchiseur devait deux visites par an ; aucune n'était prouvée sur deux années. Sa lettre détaillant les griefs, avec un délai d'un mois, valait mise en demeure, et aucune indemnité de rupture anticipée n'était due (CA Paris, 26 novembre 2025, n° 23/13663). Ce franchisé est toutefois resté tenu de ses factures impayées et de dommages et intérêts pour violation de la non-concurrence. D'autres, faute de manquements graves démontrés, ont vu leur résiliation jugée à leurs torts exclusifs (CA Paris, 28 juin 2023, n° 21/22164).

Étape 3 : le DIP ou les prévisionnels permettent-ils d'annuler le contrat ?

Parfois, jamais automatiquement. Le DIP, document d'information précontractuelle, et le projet de contrat vous sont dus vingt jours au moins avant la signature, ou avant tout versement exigé (art. L. 330-3 du Code de commerce). Si le DIP est incomplet, il faut encore prouver une erreur ou un dol qui a déterminé votre consentement (art. 1130 du Code civil). Le terrain le plus solide reste l'écart entre les prévisionnels du franchiseur et vos résultats réels.

La Cour de cassation exige de rechercher si le défaut d'information a vicié le consentement (Cass. com., 10 février 1998, n° 95-21.906, publié au Bulletin, rendu en location-gérance sous la loi Doubin).

Deux arrêts non publiés, rendus sous l'ancien droit des contrats, vont plus loin. Quand les résultats sont très inférieurs aux prévisions et que le franchisé tombe vite en liquidation, le juge doit rechercher si ces circonstances révèlent une erreur substantielle sur la rentabilité, « même en l'absence de manquement du franchiseur à son obligation précontractuelle d'information » (Cass. com., 4 octobre 2011, n° 10-20.956). Des prévisionnels « exagérément optimistes », face à un franchisé sans faute de gestion, ont justifié l'annulation (Cass. com., 12 juin 2012, n° 11-19.047).

L'action se prescrit par cinq ans à compter du jour où l'erreur ou le dol a été découvert, ou aurait dû l'être (art. 1144 et 2224 du Code civil). Pour un dol sur le marché local, la Cour de cassation a jugé que le franchisé ne pouvait pas le découvrir avant l'ouverture de son agence (Cass. com., 16 novembre 2022, n° 21-22.845, non publié). Sans circonstance particulière, une nullité demandée plus de cinq ans après la signature a été jugée prescrite, sous l'ancien droit (CA Paris, 28 juin 2023).

Annulé, le contrat est censé n'avoir jamais existé, et les prestations se restituent (art. 1178 du Code civil).

Pour relire votre DIP, voir les six signaux d'alerte d'un DIP de franchise restaurant.

Étape 4 : quelles indemnités de rupture anticipée le franchiseur peut-il vous réclamer ?

C'est le risque central de toute sortie. Un contrat à durée déterminée s'exécute jusqu'à son terme (art. 1212 du Code civil). Partir avant le terme, sans manquement grave du franchiseur, engage votre responsabilité, même si le contrat ne prévoit aucune indemnité (art. 1231-1). Le franchiseur réclame alors les redevances impayées et une indemnité, souvent égale aux redevances restant à courir. Chiffrez cette exposition avant de choisir votre voie de sortie.

Sans clause pénale au contrat : les dommages et intérêts de droit commun

Un contrat muet, ou sans clause pénale, ne rend pas la sortie gratuite. Le franchiseur peut obtenir réparation de la perte subie et du gain dont il a été privé (art. 1231-2 du Code civil). Il ne peut pas, en revanche, exiger les redevances restant à courir comme un prix. En cas de résiliation anticipée d'un contrat à durée déterminée, « le prix n'est dû qu'en cas d'exécution de la prestation convenue » (Cass. com., 13 mai 2026, n° 24-21.473, publié au Bulletin).

Dans un réseau de vitrage automobile, un franchisé a fermé son centre moins de six mois après le début d'un contrat de trois ans, sans clause pénale. La cour d'appel de Riom a refusé de lui faire payer les redevances des années suivantes. Elle l'a pourtant condamné à 5 000 euros de dommages et intérêts, soit presque le montant des redevances réclamées (CA Riom, 28 février 2024, n° 23/00586). La fermeture brutale avait privé le franchiseur de toute contrepartie.

C'est au juge d'évaluer le préjudice. Il ne peut pas retenir le paiement intégral du prix restant dû lorsque le créancier, du fait de la résiliation, n'a pas eu à engager les frais qu'il aurait supportés jusqu'au terme (Cass. com., 3 décembre 2025, n° 24-17.537, publié au Bulletin). Un montant proche des redevances, comme à Riom, se discute donc dès que le franchiseur a économisé des frais. En négociation, cet argument vise les prestations que le franchiseur n'a plus à vous fournir : assistance, visites, animation.

Avec une clause : pénalité réductible ou dédit

La clause pénale fixe à l'avance la somme due par celui qui n'exécute pas le contrat. Le juge peut la réduire, même d'office, si elle est manifestement excessive (art. 1231-5 du Code civil).

La cour d'appel de Paris a relevé que la rupture anticipée d'un contrat à durée déterminée « caractérise par principe une faute contractuelle ». Elle a qualifié de clause pénale une clause imposant toutes les redevances jusqu'au terme. Le préjudice effectivement subi n'excédait pas six mois de redevances. La cour a donc ramené la pénalité des 125 640 euros réclamés à 12 000 euros, pour une rupture intervenue avant toute ouverture (CA Paris, 13 novembre 2024, n° 22/07245). Ces 12 000 euros dépassent le préjudice retenu, pour tenir compte du caractère comminatoire de la clause.

Le tribunal n'avait alloué que 1 745 euros : l'appel a alourdi la condamnation. Le pourvoi a été radié du rôle le 3 septembre 2026, faute d'exécution de l'arrêt ; il pourra être réinscrit si l'arrêt est exécuté, sauf péremption.

À l'inverse, une clause pénale de 50 000 euros a été appliquée en totalité, alors que le tribunal l'avait réduite de moitié : vingt-deux mois restaient à courir et l'enseigne disparaissait du secteur (CA Paris, 28 juin 2023, sous l'ancien droit).

Attention au dédit. Une clause pénale sanctionne un manquement ; un dédit est le prix d'une faculté de sortie prévue au contrat. Quand la clause est une faculté de dédit, le juge ne peut pas réduire l'indemnité (Cass. civ. 3e, 8 janvier 2026, n° 24-12.082, publié au Bulletin, en matière de construction). La qualification de votre clause détermine votre marge de négociation.

Étape 5 : que change une procédure collective, chez vous ou chez le franchiseur ?

Elle ouvre une porte que le contrat ne peut pas fermer. En redressement judiciaire, le juge-commissaire peut résilier votre contrat de franchise et faire rétroagir la résiliation à la date de sa saisine. Si le franchiseur est en liquidation, vous pouvez mettre le liquidateur en demeure de dire s'il poursuit le contrat.

Vous êtes en redressement. L'ouverture de la procédure ne résilie pas le contrat, même si une clause le prévoit. Le juge-commissaire peut prononcer la résiliation si elle est nécessaire à la sauvegarde du débiteur et ne porte pas une atteinte excessive aux intérêts du franchiseur (art. L. 622-13 du Code de commerce, applicable au redressement par l'article L. 631-14). La demande vient de l'administrateur judiciaire ou, s'il n'y en a pas, de vous. Vous joignez à votre requête l'avis conforme du mandataire judiciaire si vous l'avez obtenu (art. R. 627-1 et R. 631-38 du Code de commerce). L'indemnité éventuelle du franchiseur se déclare au passif.

Le 9 septembre 2026, la Cour de cassation a appliqué ces règles à un franchisé en redressement, sans administrateur. Il avait saisi le juge-commissaire, sur avis conforme du mandataire, avant de recevoir la mise en demeure du franchiseur : celle-ci n'a donc pas entraîné de résiliation de plein droit. La résiliation a rétroagi à la date de la saisine (Cass. com., 9 septembre 2026, n° 25-14.405, publié au Bulletin). Au 26 septembre 2026, son texte reste indisponible sur Légifrance : il n'est publié que sur le site de la Cour de cassation.

Le franchiseur est en liquidation. Le contrat ne prend pas fin de lui-même. Si le liquidateur laisse votre mise en demeure de prendre parti plus d'un mois sans réponse, le contrat est résilié de plein droit, sauf délai modifié par le juge-commissaire (art. L. 641-11-1 du Code de commerce). Vos créances antérieures se déclarent dans les deux mois de la publication du jugement au BODACC (art. R. 622-24 et R. 641-25 du Code de commerce).

Une action en paiement engagée contre le franchiseur après le jugement d'ouverture, sans déclaration de créance, a été déclarée irrecevable (CA Paris, 31 mai 2023, n° 21/10013). Le jugement d'ouverture arrête les poursuites, et seul le juge-commissaire statue sur la créance déclarée.

Étape 6 : comment négocier un protocole de sortie qui vous protège ?

Un protocole de sortie prend le plus souvent la forme d'une transaction écrite : chaque partie renonce à quelque chose pour mettre fin au litige (art. 2044 du Code civil). Une fois signée, elle fait obstacle, entre les parties, à toute action ayant le même objet (art. 2052). Tout se joue dans sa rédaction : ce que vous obtenez doit être définitif, ce que vous concédez doit être chiffré et daté.

Cinq points se vérifient ligne à ligne : la fin du contrat à une date certaine, sans reconnaissance de faute ; la renonciation définitive du franchiseur à toute demande ; le sort de la non-concurrence et le délai pour retirer l'enseigne ; la libération des cautions ; l'absence de lien avec vos autres restaurants du réseau.

Étape 7 : que devient votre restaurant après la sortie ?

Il reste le vôtre, à condition de le démontrer. Si la clientèle nationale est attachée à la marque du franchiseur, la clientèle locale n'existe que par les moyens que vous mettez en œuvre, à vos risques et périls : elle fait partie de votre fonds de commerce (Cass. civ. 3e, 27 mars 2002, n° 00-20.732, publié au Bulletin, à propos de l'indemnité d'éviction).

Trois contraintes s'imposent toutefois : retirer l'enseigne dans le délai prévu, respecter une éventuelle non-concurrence et obtenir l'accord du bailleur sur la nouvelle enseigne si le bail l'exige.

La non-concurrence. Dans les réseaux de commerce de détail, la clause de non-concurrence post-contractuelle est réputée non écrite, sauf si le franchiseur prouve que quatre conditions cumulatives sont réunies, dont une durée d'un an au plus et une limitation à vos locaux (art. L. 341-2 du Code de commerce).

Ce texte ne remet pas en cause les clauses des contrats conclus avant le 6 août 2016 : sauf rétroactivité expresse, une loi nouvelle ne peut pas atteindre la validité d'une clause régie par la loi en vigueur au jour du contrat (Cass. com., 16 février 2022, n° 20-20.429, publié au Bulletin). Le renouvellement, lui, donne naissance à un nouveau contrat (art. 1214 du Code civil), soumis au texte nouveau. Pour un restaurant, la cour d'appel de Paris a examiné une clause d'un an au regard de ces conditions et l'a appliquée au seul local exploité (CA Paris, 1er février 2023, n° 21/02674).

Le bail. En principe, il survit à la franchise : la loi l'exclut de l'échéance commune des contrats d'un réseau (art. L. 341-1, alinéa 3, du Code de commerce). Sa destination et son enseigne décident de la suite. Voir la destination du bail commercial de restaurant.

Cas concret : plus de 257 000 euros réclamés, 25 000 euros restitués au franchisé

Deux associés exploitent un restaurant sous l'enseigne d'un jeune réseau. Leur contrat, une licence de marque et de concept, n'a jamais été signé par la tête de réseau, mais il est exécuté. Ils ont aussi versé 30 000 euros pour réserver une seconde ville, où aucun restaurant n'ouvrira.

Un peu plus d'un an après l'ouverture, ils annoncent qu'ils arrêtent d'exploiter sous l'enseigne. La tête de réseau adresse à leur société une mise en demeure : 17 422 euros HT de factures et 240 000 euros HT de gains manqués.

Nous avons suivi la feuille de route. Lecture : contrat non signé par la tête de réseau, DIP incomplet au regard de l'article R. 330-1 du Code de commerce. Réponse : point par point, chaque facture contestée. Levier : la réservation de 30 000 euros, payée avant la remise du DIP, dont nous avons demandé la restitution comme paiement indu (art. 1302 du Code civil).

Résultat : un protocole transactionnel met fin au contrat. La tête de réseau abandonne ses réclamations de factures et de gains manqués, et restitue 25 000 euros sur les 30 000 versés. Moins de trois mois ont séparé la mise en demeure de l'accord.

Mon retour terrain sur les sorties de franchise

Le point que je rappelle à chaque client : le risque central, ce sont les indemnités de rupture anticipée. Un contrat muet sur ce point ne rend pas la sortie gratuite, car le droit commun s'applique dès que la rupture vous est imputable.

Dans les sorties de franchise que je traite, la réclamation du franchiseur additionne presque toujours les redevances échues et toutes celles qui restent à courir jusqu'au terme. C'est un chiffre d'ouverture, pas un montant dû.

Quand le premier projet de protocole vient du franchiseur, il est souvent rédigé comme une rupture à vos torts : reconnaissance de faute, renonciations définitives seulement après des mois d'exécution. Je le réécris avant de parler du montant.

J'entre en négociation avec un dossier documenté des manquements du franchiseur. Ce dossier transforme la dette de redevances en monnaie d'échange.

Le bail, enfin, conditionne la sortie. Sans accord du bailleur sur la destination et l'enseigne, la sortie de franchise reste bloquée. Je mène les deux négociations ensemble.

Les erreurs fréquentes du franchisé qui veut sortir

Cinq erreurs reviennent, toutes liées à l'ordre des étapes : agir avant d'avoir lu, prouvé et chiffré. Chacune se corrige avant le premier courrier, rarement après.

Croire qu'une sortie est gratuite parce que le contrat ne prévoit aucune indemnité. Sans clause, le franchiseur peut quand même obtenir des dommages et intérêts si la rupture vous est imputable (art. 1231-1 du Code civil).

Cesser de payer toutes les redevances sans preuve écrite. Faute de manquement suffisamment grave du franchiseur, c'est vous qui devenez le débiteur fautif.

Retirer l'enseigne avant d'avoir négocié. Vous perdez votre levier, et vous donnez au franchiseur de quoi soutenir que la rupture vient de vous.

Signer le premier protocole proposé. Une renonciation conditionnelle du franchiseur ne vaut pas quittance.

Oublier le bail et les cautions. Une sortie réussie peut laisser un bail inexploitable ou un associé engagé personnellement.

Ce que ça change pour vous

Sortir d'une franchise se prépare comme un contentieux, même quand l'issue est une transaction. L'ordre compte : lire le contrat, prouver les manquements, chiffrer votre exposition aux indemnités de rupture anticipée, puis seulement écrire au franchiseur.

Louis Pinet, avocat au Barreau de Nantes, Avocat des Restaurateurs, accompagne les franchisés de la restauration qui quittent leur réseau, de la lecture du contrat au protocole de sortie. Il n'intervient jamais pour un franchiseur.

Si votre sortie est engagée, l'accompagnement des restaurateurs franchisés couvre l'audit du contrat et la négociation avec le franchiseur.

Vous avez reçu une mise en demeure ou vous envisagez de partir ? Commencez par un échange : prenez rendez-vous ici.

Sortie de franchise

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Louis Pinet●Avocat des Restaurateurs

FAQ : sortir d'un contrat de franchise

Peut-on résilier un contrat de franchise avant son terme ?

Pas librement : le contrat vous engage jusqu'à son terme (art. 1103 du Code civil). Hors faculté de sortie prévue au contrat, cinq voies existent : l'accord, la résiliation pour manquement grave du franchiseur (art. 1224), la nullité, la procédure collective et la cession du fonds avec l'accord du franchiseur.

Que risque un franchisé qui arrête de payer ses redevances ?

Si le franchiseur n'a pas gravement manqué à ses obligations, vous devenez le débiteur fautif : redevances, résiliation à vos torts, indemnité de rupture anticipée. Documentez son manquement avant de suspendre vos paiements (art. 1219 du Code civil).

Combien coûte la rupture anticipée d'un contrat de franchise ?

Le poste principal est l'indemnité de rupture anticipée. Même si le contrat n'en prévoit aucune, le franchiseur peut demander des dommages et intérêts de droit commun pour sa perte et son gain manqué (art. 1231-1 et 1231-2 du Code civil). Une clause pénale manifestement excessive peut être réduite (art. 1231-5) : 125 640 euros ont été ramenés à 12 000 euros pour une rupture avant ouverture (CA Paris, 13 novembre 2024, arrêt non définitif).

Un DIP incomplet permet-il d'annuler la franchise ?

Pas à lui seul. Le juge recherche si le défaut d'information a vicié votre consentement (Cass. com., 10 février 1998, publié au Bulletin). Des prévisionnels exagérément optimistes sont l'argument le plus solide. L'action se prescrit par cinq ans à compter de la découverte de l'erreur ou du dol.

Peut-on sortir de la franchise pendant un redressement judiciaire ?

Oui. Le juge-commissaire peut prononcer la résiliation si elle est nécessaire à la sauvegarde du débiteur, sans atteinte excessive aux intérêts du franchiseur (art. L. 622-13 et L. 631-14 du Code de commerce). Il est saisi par l'administrateur ou, à défaut, par vous, avec l'avis conforme du mandataire judiciaire si vous l'avez obtenu. La résiliation peut rétroagir à la date de sa saisine (Cass. com., 9 septembre 2026, publié au Bulletin).

Peut-on garder son restaurant sous une autre enseigne après la franchise ?

Oui, le fonds est le vôtre : la clientèle locale naît des moyens que vous mettez en œuvre. Dans les réseaux de commerce de détail, pour les contrats conclus ou renouvelés depuis le 6 août 2016, la non-concurrence post-contractuelle n'est valable que si elle est limitée à un an et à vos locaux, entre autres conditions (art. L. 341-2 du Code de commerce). Une cour d'appel a appliqué ces conditions à un restaurant (CA Paris, 1er février 2023). Vérifiez aussi le bail.

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