Publié le 13 octobre 2026. Dernière mise à jour : octobre 2026.
Le 23 septembre 2026, McDonald's a présenté son plan NEXT aux investisseurs : 8,5 milliards de dollars d'ici 2036 pour moderniser son réseau. Pour un drive américain classique, la facture atteint 1,2 à 1,25 million de dollars, rénovation standard comprise. Chez tous les franchisés de la restauration, la même question remonte : mon franchiseur peut-il m'imposer la même chose ?
Une rénovation imposée par le franchiseur ne vous oblige que si votre contrat de franchise la prévoit. Sans clause, toute dépense nouvelle passe par un avenant, que vous êtes libre de négocier. Avec une clause, le vrai levier du franchiseur se trouve souvent ailleurs : au moment du renouvellement de votre contrat, auquel aucun texte ne vous donne droit.
Que prévoit le plan de McDonald's, et la France est-elle concernée ?
Le plan NEXT prévoit 8,5 milliards de dollars de soutien aux franchisés d'ici 2036, en allègements de loyer et en aides en capital. McDonald's chiffre le surcoût à environ 800 000 dollars par drive américain, en plus d'une rénovation standard de 400 000 à 450 000 dollars à la charge du franchisé. Au 13 octobre 2026, aucun montant n'a été annoncé pour les restaurants français.
Ces chiffres ont été donnés par le directeur financier du groupe lors de la journée investisseurs, selon Restaurant Dive (septembre 2026). Le même média précise que les éléments de design du plan seront calés sur le cycle normal de rénovation. Ce cycle est déjà imposé aux franchisés américains une fois par décennie, selon CNN (septembre 2026).
Le déploiement sera défini marché par marché, selon les besoins locaux et la capacité d'investissement des franchisés, d'après Grande Consumo (octobre 2026). En France, McDonald's France annonce environ 100 millions d'euros d'investissement en 2026, ouvertures et rénovations confondues, pour 1 629 restaurants (Europe 1).
Le sujet dépasse une seule enseigne. Toute franchise de restauration fait évoluer son concept, et la question se posera tôt ou tard dans votre réseau.
Une rénovation imposée par le franchiseur vous oblige-t-elle ?
Oui, si votre contrat le prévoit. Une clause de rénovation claire, avec une périodicité et un périmètre définis, vous oblige : le contrat tient lieu de loi entre les parties (art. 1103 du Code civil). Sans clause, ou au-delà de ce qu'elle prévoit, le franchiseur ne peut pas modifier seul vos obligations. Il lui faut votre accord, écrit dans un avenant.
Un contrat ne peut en effet être modifié que du consentement mutuel des parties, ou pour les causes que la loi autorise (art. 1193 du Code civil). Une circulaire du réseau ou une annonce en convention ne remplace pas votre signature.
Ce que contient une clause de rénovation
La clause de rénovation est la stipulation du contrat de franchise qui oblige le franchisé à remettre son restaurant aux standards de l'enseigne, selon une périodicité et des modalités qu'elle fixe. Elle précise en principe le rythme des travaux, leur périmètre (salle, façade, cuisine, équipements, caisse), le choix des prestataires et le calendrier.
Deux points manquent souvent : le plafond de coût et la participation du franchiseur. Ce sont pourtant eux qui décident de ce que vous paierez réellement.
Le cas des normes « évolutives » du réseau
Beaucoup de contrats obligent le franchisé à respecter le manuel opératoire tel qu'il évolue. Cette clause permet au franchiseur d'adapter son savoir-faire. À mon sens, elle ne l'autorise pas à exiger un investissement lourd qui bouleverse l'économie du contrat.
Deux textes encadrent ce pouvoir. Les contrats doivent être exécutés de bonne foi, règle d'ordre public (art. 1104 du Code civil). Et soumettre l'autre partie à des obligations créant un déséquilibre significatif dans les droits et obligations des parties engage la responsabilité de son auteur (art. L. 442-1, I, 2° du Code de commerce).
Qui paie les travaux de rénovation dans une franchise ?
Le franchisé, sauf stipulation contraire. Il exploite à ses risques : les travaux de son restaurant sont en principe à sa charge. Aucun texte n'oblige le franchiseur à y participer. Quand il le fait, c'est parce que le contrat le prévoit ou parce que la négociation l'a obtenu : aide en capital, remise de redevance, étalement des travaux.
Le plan McDonald's illustre ce partage. Les analystes de Bank of America ont raisonné sur une répartition du surcoût d'environ 70 % pour les franchisés et 30 % pour le groupe, selon Parameter (septembre 2026). Il s'agit d'une hypothèse d'analystes, pas d'un partage annoncé par le groupe. Selon cette hypothèse, l'essentiel resterait payé par l'exploitant, même dans le réseau le plus puissant du monde.
Pensez aussi à votre bail. Des travaux de façade, d'extraction ou de structure peuvent exiger l'accord du bailleur. Une rénovation lourde à quelques années de la fin du bail pose la même question d'amortissement que pour le contrat de franchise.
Le DIP devait-il vous annoncer ces rénovations ?
En partie seulement. Le document d'information précontractuelle (DIP) doit être remis au moins vingt jours avant la signature. Il précise la nature et le montant des investissements spécifiques à l'enseigne engagés avant le début de l'exploitation, ainsi que la durée et les conditions de renouvellement du contrat. Les rénovations à venir ne figurent pas, en tant que telles, dans cette liste.
Ces règles résultent de l'article L. 330-3 du Code de commerce et de l'article R. 330-1 du même code. Le DIP doit en outre être sincère.
Si le franchiseur savait, au moment de la signature, qu'une rénovation lourde était programmée et l'a tue, la question du dol se pose. Le dol couvre la dissimulation intentionnelle d'une information dont une partie sait le caractère déterminant pour l'autre (art. 1137 du Code civil). La preuve reste exigeante. Pour lire votre DIP avec le bon regard, voir les six signaux d'alerte à repérer dans un DIP de franchise.
Pourquoi la rénovation se joue-t-elle au moment du renouvellement du contrat ?
Parce qu'aucun texte ne donne au franchisé un droit au renouvellement de son contrat de franchise, sauf clause contraire. À l'échéance, le franchiseur peut subordonner la signature d'un nouveau contrat à ses conditions, dont la remise aux normes du restaurant. C'est ce mécanisme qui donne à une rénovation, même absente du contrat en cours, une force difficile à contourner.
Le franchiseur ne peut pas pour autant mettre fin à la relation n'importe comment. Rompre brutalement une relation commerciale établie, sans préavis écrit suffisant, engage la responsabilité de son auteur (art. L. 442-1, II du Code de commerce). La sanction est la réparation du préjudice, pas un nouveau contrat.
Le modèle américain : rénover pour être renouvelé
Aux États-Unis, les contrats McDonald's durent en principe vingt ans. Selon les règles annoncées en 2022 pour une mise en œuvre à partir de 2023, le nouveau contrat n'est plus reconduit d'office : il s'obtient au vu des performances du franchisé, d'après Restaurant Dive (juin 2022).
McDonald's contrôle en outre les baux de ses restaurants américains et décide de leur renouvellement selon plusieurs critères, dont la situation financière du franchisé, d'après Restaurant Business.
Le franchiseur tient donc à la fois le contrat, les murs et l'échéance. Dans ce schéma, la rénovation n'est pas seulement une dépense : c'est le prix du renouvellement. C'est aussi pourquoi l'allègement de loyer peut servir à financer les travaux.
En France : séparer le contrat de franchise et le bail
La logique est la même pour le contrat de franchise : pas de droit au renouvellement. Mais votre bail commercial obéit à ses propres règles. Le droit au renouvellement du bail appartient au propriétaire du fonds exploité dans les lieux (art. L. 145-8 du Code de commerce).
Or la Cour de cassation a admis que le franchisé peut disposer d'une clientèle locale propre, créée par son activité et ses moyens, donc d'un fonds de commerce à lui. Elle en a déduit que le franchisé locataire pouvait réclamer une indemnité d'éviction en cas de refus de renouvellement (Cass. civ. 3e, 27 mars 2002, n° 00-20.732).
Conséquence pratique : si vous êtes titulaire de votre bail, la fin de la franchise ne met pas, en principe, fin à votre bail. Si le franchiseur ou une société de son groupe est votre bailleur, les deux échéances peuvent coïncider, et le levier se double. Première vérification à faire : qui détient vos murs ?
Le cas McDonald's France : la location-gérance
Chez McDonald's France, la location-gérance domine. Le fonds appartient à McDonald's France et le gérant l'exploite à ses risques et périls (art. L. 144-1 du Code de commerce). Les annonces légales le montrent : à Lure, un contrat signé fin 2024 court jusqu'au 30 décembre 2044.
À l'échéance, le locataire-gérant n'a ni bail à renouveler, ni indemnité d'éviction. Être locataire-gérant ne dispense pas pour autant des travaux : si le contrat prévoit les rénovations, elles sont dues. Les exploitants propriétaires de leur fonds gardent, eux, en principe la protection du bail.
Que faire quand il reste peu d'années pour amortir les travaux ?
Négocier avant de signer le moindre devis. Trois leviers existent : la prolongation du contrat, la participation du franchiseur, le report des travaux. Un investissement lourd exigé à quelques années de l'échéance, sans garantie de renouvellement, fait porter au franchisé un risque qu'il ne peut pas amortir. C'est l'argument central, et il doit être chiffré.
McDonald's annonce un retour sur investissement d'environ quatre ans pour ses franchisés américains, sur les investissements du plan NEXT (Restaurant Dive, septembre 2026). Un franchisé à qui il reste moins de temps que ce délai risque de ne pas amortir son investissement.
Si le franchiseur refuse toute contrepartie, la bonne foi et le déséquilibre significatif fournissent le cadre de la discussion. Ils ne garantissent pas l'issue, mais ils obligent à justifier l'exigence.
Pouvez-vous refuser les travaux, et qu'est-ce que vous risquez ?
Oui si la demande dépasse le contrat, non si elle en découle. Refuser une rénovation prévue par une clause claire vous expose à une résiliation pour faute et à des dommages et intérêts. Refuser un investissement que le contrat ne prévoit pas est votre droit, mais le franchiseur pourra s'en souvenir à l'échéance. La décision se prend contrat en main.
Ne suspendez pas vos redevances pour faire pression. L'exception d'inexécution suppose une inexécution suffisamment grave de l'autre partie (art. 1219 du Code civil) : un désaccord sur des travaux n'en constitue en principe pas une.
Si la relation se dégrade au point d'envisager la sortie, la méthode est détaillée dans la feuille de route pour sortir d'un contrat de franchise de restaurant.
Mon retour terrain sur les clauses de rénovation
Dans les contrats de franchise de restauration que j'analyse, la clause de rénovation fixe presque toujours la périodicité des travaux, rarement un plafond de coût. Le franchisé s'engage sur un principe, sans savoir combien il paiera. C'est le point que je fais négocier en priorité avant la signature.
Je vois aussi des franchisés sommés de rénover alors qu'il leur reste peu d'années de contrat pour amortir. C'est le moment où la négociation est la plus utile, et celui où elle est le moins souvent menée : les travaux sont acceptés par courriel, sans contrepartie sur la durée.
Pour relire votre contrat clause par clause, voir le guide de ce qu'il faut vérifier dans un contrat de franchise de restaurant.
Les erreurs fréquentes face à une demande de rénovation
Lancer les devis avant d'avoir relu la clause. Le périmètre des travaux exigibles se lit dans le contrat, pas dans la présentation du réseau. Tout ce qui dépasse la clause se négocie.
Accepter par courriel ou en convention du réseau. Un accord informel vous engage sans contrepartie écrite. L'avenant doit fixer le montant, le calendrier et ce que le franchiseur apporte.
Oublier son bail. Des travaux lourds peuvent exiger l'accord du bailleur, et la durée restante du bail limite aussi l'amortissement.
Suspendre ses redevances pour faire pression. C'est donner au franchiseur un motif de résiliation qu'il n'avait pas.
Ce que ça change pour vous
À ce jour, aucun montant du plan McDonald's n'est annoncé pour les franchisés français. Ce plan rappelle une règle valable dans tout réseau : le coût d'une franchise se mesure sur toute la durée du contrat, rénovations comprises. Et la rénovation pèse le plus lourd à l'approche de l'échéance.
Louis Pinet, avocat au Barreau de Nantes, Avocat des Restaurateurs, analyse les contrats de franchise et les DIP de franchisés de la restauration, avant la signature comme en cours de contrat. Il audite le contrat et le bail ensemble, parce que l'échéance de l'un éclaire celle de l'autre. Il n'intervient jamais pour un franchiseur.
Si votre réseau annonce un nouveau concept, l'accompagnement des franchisés et du développement de votre restaurant couvre la relecture de la clause, la négociation de l'avenant et l'articulation avec votre bail.
Si l'on vous demande de rénover et que personne n'a relu la clause, l'ordre est à inverser. Un échange de trente minutes permet d'exposer votre situation, contrat et bail en main : prenez rendez-vous ici.
FAQ : rénovation imposée par le franchiseur
Le franchiseur peut-il imposer une rénovation du restaurant ?
Oui, si le contrat de franchise contient une clause de rénovation claire : le contrat tient lieu de loi entre les parties (art. 1103 du Code civil). Au-delà de ce que prévoit la clause, il faut l'accord du franchisé, formalisé par un avenant (art. 1193 du Code civil).
Qui paie les travaux de rénovation d'un restaurant franchisé ?
Le franchisé, sauf stipulation contraire, car il exploite à ses risques. Aucun texte n'oblige le franchiseur à participer. Sa contribution, quand elle existe, vient du contrat ou d'une négociation : aide en capital, remise de redevance, étalement.
Le DIP doit-il mentionner les futures rénovations ?
Pas expressément. Le DIP doit chiffrer les investissements spécifiques à l'enseigne engagés avant l'ouverture et préciser les conditions de renouvellement (art. L. 330-3 et R. 330-1 du Code de commerce). Taire une rénovation lourde déjà programmée peut toutefois poser la question du dol.
Le contrat de franchise se renouvelle-t-il automatiquement ?
Non. Aucun texte ne donne au franchisé un droit au renouvellement de son contrat de franchise. Le franchiseur peut subordonner un nouveau contrat à des conditions, dont des travaux. Il doit seulement éviter une rupture brutale, sans préavis écrit suffisant (art. L. 442-1, II du Code de commerce) : à défaut, le franchisé peut obtenir des dommages et intérêts, pas un nouveau contrat. Le bail commercial suit ses propres règles (art. L. 145-8 du Code de commerce).
McDonald's impose-t-il un million d'euros de travaux à ses franchisés français ?
Non, à ce jour. Le surcoût d'environ 800 000 dollars, plus une rénovation standard de 400 000 à 450 000 dollars, vise les drives américains. Le plan NEXT sera décliné marché par marché, et aucun montant n'était annoncé pour la France au 13 octobre 2026.
Peut-on refuser des travaux demandés par le franchiseur ?
Oui si la demande dépasse le contrat, non si elle découle d'une clause claire. Un refus fautif expose à la résiliation et à des dommages et intérêts. Suspendre ses redevances pour faire pression est à proscrire (art. 1219 du Code civil).

